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Extratis du livre ( La Confrérie des Éveillés) par jacques Attali ,
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Ibn Tufayl (conseiller du prince de Marrakech, vers 1162) dit a’ Ibn Rushd:
...nous pourrions avoir besoin de mettre de l'ordre dans la pensée officielle contre ceux qui menacent de transformer l'islam en une simple mystique.
Les imbéciles extrémistes sont obsédés par les pratiques et sourds aux progrès de la science. S'ils triomphent, ce sera la mort de l'islam car n'y a pas de force politique sans richesse marchande, pas de richesse marchande sans inventions techniques, et donc sans science ni raison. – Je ne vois pas á quels extrémistes tu fais allusion, dit Ibn Rushd. - Parce que tu penses que c'est nous autres, les extrémistes,? sourit Ibn Tufayl. Un jour, tu verras ce qu'est le véritable extrémisme, celui qui tue avant même de laisser le temps de penser. Nous n'admettons pas les relaps qui piétinent notre foi, mais nous souhaitons que l'islam utilise toutes les armes de ses adversaires, y compris la science. Nous voulons créer un État puissant, structuré autour d'une foi pure, rationnelle, fondée sur la seule application du Coran, mais sans céder aux fanatismes qui interdisent de réfléchir et d’accepter le nouveau. „ Le conseiller du prince sembla réfléchir et hésiter. garda longuement Ibn Rushd, puis ajouta: - Pour bien comprendre Aristote, tu devras aller chez les chrétiens... Ibn Rushd sursauta : mais ils ne connaissent Aristote que par nos propres commentaires !
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Dans ses cours 'a l' Universtité Al Quarawiyyine a Fes , Ibn Rushd (Averroès) ne résistait pas, déviant les théologiens, á faire montre d'un peu de provocation – Un enfant, á sa naissance, dans quelque pays,— famille ou religion que ce soit, est en harmonie avec Dieu : car telle est la nature profonde de l'homme, créé par le Tout-Puissant en Adam. L'éducation – dispensée par les imams comme vous, ou par les rabbins, ou par les prêtres, et qui en fait un musulman, un juif ou un chrétien – peut bousculer cette harmonie. Pour la maintenir ou la rétablir, chacun doit se lancer dans le jihad ; non pas la guerre sainte, parfois nécessaire, contre les infidèles, mais l'effort que chacun doit fournir pour rester dans le droit chemin, dans la charia. Or cela ne s'obtient que par la volonté. Alors, cessez de vous adresser à Dieu pour Lui demander de rétablir votre harmonie personnelle ! C'est a vous de l'obtenir par la seule maitrise de vos démons ! D'ailleurs, si tout le monde s'adressait à Dieu pour des motifs aussi égoïstes, le Miséricordieux ne pourrait plus se concentrer sur l'existence de l'univers ; et la vie ne serait plus qu'un vague souvenir dans l'esprit de l'Intelligence suprême ; même ceux qui ont vécu n'auraient plus existé ! C'est cela que vous voulez ? Non ? Alors n'encombrer plus les journées de Dieu avec des requêtes de détail ; faites confiance à votre liberté, á votre esprit critique, à votre capacité d'analyse !
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Sans un mot, le marchand se tourna vers Ibn Rushd qui lui dit:
Nous avons nous aussi le plu respect pour le judaïsme, religion parfaite. Celle que voulait Mohammed, l'islam, est si proche du
judaïsme que les idolâtres de Médine se sont empressés de reconnaitre la pensée du Prophète avant que les juifs ne s'en emparent. De plus, le nom d'Abraham apparait soixante-neuf fois dans le Coran et dans vingt-cinq sourates. Mais, avec les juifs, nous n'avons pas la même conception de l'identité de Dieu : pour nous, Dieu est lumière; pour eux, il est abstraction. De plus, l'islam est universel ; il ne passe ni par un peuple, comme pour les juifs, ni par un homme, comme pour les chrétiens. Tous les hommes sont égaux devant lui et je crois en la Shu 'ubiyya, c'est-à-dire en l'égalité de tous les musulmans. Pour nous, la création du monde suffit à révéler Dieu ; nous n'avons nul besoin d'attendre un Messie. Le Coran est le seul miracle du prophète Mohammed, l'ultime expression de Dieu. Plus encore, il est le seul signe véritablement prophétique. S'il a été écrit d'une façon spécifique, c'est parce qu'il a été envoyé au peuple arabe qui avait été privé des autres révélations. A preuve; ce verset coranique : « Tu es un des messagers envoyés à un peuple dont je n'avais pas averti les ancêtres. » C'est pourquoi le Coran doit être interprété à l'intention des autres peuples. Ghazali a compté soixante-dix mille interprétations possibles de chaque verset du Coran. D'autres philosophes parlent de plus de trois cent mille ; d'autres encore, de deux millions quatre cent mille. Pour moi, comme pour Moshé Ben Maymoun, le christianisme – pour lequel j'ai le plus grand respect – n'est pas un monothéisme. Les chrétiens disent que le Christ est la greffe d'une branche d'olivier sauvage sur l'olivier du judaïsme : mais pourquoi greffer quelque chose sur un arbre sain ? Ils disent aussi que Jésus est venu « racheter » la douleur du monde : mais y aurait-il un marché de la douleur ? Pour nous, Jésus, fils de Marie, n'est pas mort sur la croix, mais s'est élevé vivant auprès de Dieu, son retour étant annoncée ver la fin du monde. Il fait partie des prophètes avec Adam, Seth, Noé, Abraham, Ismaël, Moise, Lot, Hoed, Shu’ayb et Mohammed. Notre religion est donc, a’ mon sens , supérieure ‘a toutes les autres, mais elle n’a pas vocation ‘a dominer les autres.
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